Chaque collaboration
a donc une "histoire", et c'est probablement parce que chacune
est extra-professionnelle au départ que toutes se sont avérées
durables et productives. Bref, je constate d'abord qu'il y a des atomes
crochus, puis je me dis, mais seulement par après : "tiens,
tous comptes faits, ce serait chouette de l'avoir dans l'équipe
!" Et je suis persuadé que cette ambiance se ressent
au niveau du client …
- J'allais justement vous poser la question : qu'avez-vous
de plus que vos concurrents ?
- Je ne me pose pas la question de cette manière : je me dis simplement
que celui qui vient chez nous est conseillé par quelqu'un d'hyper-compétent,
et qu'il a probablement sous les yeux le choix le plus vaste de la région,
y compris dans les accessoires, très importants. On les néglige
souvent car ils rapportent peu : mais une guitare ou un clavier de 5.000 € ne
marcheront correctement que s'ils sont raccordés à leur
ampli par une excellent câble de … 20 € ! Ceci dit,
il y a des câbles à 5 € aussi … Le musicien est
comme un bricoleur : il a un projet lié à 2, 3 voire 10 éléments
d'une "chaîne". Et si un élément n'est
pas disponible, c'est l'entièreté du projet qui est menacée.
C'est pour cela que chaque vendeur est spécialisé dans
1 ou 2 secteurs, et il se doit de connaître aussi bien les "gros
poissons" que les "poissons-pilotes", tout aussi nécessaires
- Vous parliez des secteurs : je vois chez vous l'assortiment
du groupe type, à savoir : basse, batterie, guitare, clavier et sono. Pas
de saxos, trompettes, violons, etc … Pourquoi ?
- Vous avez donné la réponse vous-même : parce que
notre créneau, c'est le "groupe de scène", et
pour une raison toute simple déjà évoquée
: nous voulons rester maîtres de notre "matière",
y compris pour le service après-vente. Nous nous sommes donc assurés
que ce service était performant pour chaque marque que nous vendons.
Et nous avons en plus des indépendants qui réparent certains
types de pannes pour nous. Dans le même esprit, il nous arrive
même de prêter du matériel, comme à un professionnel
qui a une panne en "répète" le vendredi soir
et qui doit monter sur scène le lendemain. Au départ, je
me méfiais un peu, mais les faits m'ont donné tort : les
gars sont tellement soulagés d'avoir été aidés
efficacement qu'ils se font un point d'honneur à nous ramener
l'objet prêté en parfait état. Tous ces services,
nous ne pourrions pas les assurer pour les instruments "classiques" dont
vous parliez. Un bon commerçant doit aussi savoir définir
son périmètre d'activité et laisser ce qui est en
dehors à d'autres, plutôt que de s'en occuper à moitié.
- Vous parliez des nombreux "pros" qui fréquentent le
magasin. Avez-vous d'autres clients à "profil type" ?
- Oh que oui, et heureusement pour nous ! Je citerai
d'abord les (pré)ados,
qui viennent chercher, par exemple, une guitare d'étude à cordes
nylon pour l'académie de musique, ou un petit clavier "à tout
faire" pour essayer de s'initier aux rudiments de la musique. A
ce sujet, nous observons depuis deux années consécutives
un "boum" extraordinaire à la rentrée des classes.
On a beau critiquer les formules du genre "Star Academy", nous
pensons qu'elles ont une influence positive sur l'engouement des jeunes
pour la musique. Et pour sa pratique active ! Peut être voient-ils
d'abord juste le "strass" du show business, mais qu'importe
si cela les amène au bonheur de pratiquer un instrument ? Ceux
qui continuent après quelques années mûrissent naturellement
avec l'âge, et au bout du compte, ils restent pour la plupart détenteurs
d'un merveilleux hobby tout au long de leur vie ! Un hobby dont ils profitent
eux-mêmes, mais dont les autres profitent également ! Il
y a ceux qui jouent dans les réunions de famille ou les barbecues,
ceux qui font danser dans les bals, etc … Au fait, avez-vous déjà remarqué que
dans un bal, il y a toujours 4-5 personnes qui ne dansent pas, mais qui
ne quittent pas l'orchestre des yeux ? En général, ce sont
des non-musiciens … qui regrettent de ne pas l'être au point
de rester des heures dans un état second, émerveillés
devant les musiciens !
- On sent que vous êtes musicien vous-même
! Un autre type de client ?
Oui, un nouveau public s'est créé depuis quelques années,
les (pré)pensionnés qui cherchent à occuper leurs
loisirs. Typiquement, ce sont des gens qui commencent modestement, avec
un petit clavier, puis qui le remplacent régulièrement
selon leurs moyens, leurs progrès personnels … et les avancées
technologiques, car de nos jours, cela va très vite !
- Que fait un patron d'entreprise comme vous quand
il n'est pas dans son magasin ?
- Je profite de mon jeudi "hors-magasin" et du dimanche pour
assurer mon travail de gestionnaire d'entreprise : les factures, les
commandes, la gestion du stock. Cette dernière est fondamentale
pour une activité comme la nôtre où pas mal d'articles
représentent une somme importante … et se démodent
vite ! Là, j'ai la chance d'être en très bons termes
avec mon frère, celui qui tient le magasin d'électro :
il m'a fait un programme informatique impeccable il y a des années,
et dès qu'un article est pointé à la caisse, il
sort du stock. Nous travaillons donc en inventaire permanent, et une
lecture quotidienne de ces données est fondamentale, tant pour
avoir l'assortiment que le client est en droit d'attendre, que pour ne
pas nous sur-stocker en appareils qui se vendent peu. Quand j'ai fini
tout cela, il est normal que je prenne plaisir à m'occuper de
ma famille, c'est ma … "respiration" !
- Une conclusion ?
- Justement, ce que je viens de dire à propos de la gestion des
stocks me ramène à ce que j'ai dit tout à l'heure
: ne jamais croire que c'est gagné, redémarrer à zéro "dans
sa tête" chaque jour, se remettre en question en permanence … Il
y a 36 manières de dire la même chose, mais c'est central
: la vigilance de chaque instant fait que vous gagnez … ou
que vous perdez si vous l'oubliez !
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